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Le poil à gratter… 
Lettre d’information de Cynorrhodon – FALDAC  
www.cynorrhodon.org  


N° 161 – février 2026  

  ISSN 2264-0363
 

Marine Class















Ce que nous disent les Roches, 2023-2024




Reliefs de table, 2012



Reliefs de table, 2012




Cristaux de fluorine avec macle



Caspar-David Friedrich – Der Wanderer über dem Nebelmeer, 1818



Caspar-David Friedrich – Das Eismeer, 1824




Cupules, 2015




Sans titre, 2018




Relief affleurant, 2022




Céramiques, 2024-2025




Sans titre, 2014




Sans titre, 2016




Faire peau neuve, 2017,




Marbure, 2021




Résidence 2Angles, Flers-de-l’Orne, 2025




Performance, Saumur, 2021




Sans titre, 2016




Lichens, 2019




Lichens, 2019




Lichens, 2019




Sans titre, 2025




Sans titre, 2025




Léonard de Vinci – Projet de vis aérienne, 1487-1490



Léonard de Vinci – Projet de machine volante, 1487-1490



Léonard de Vinci – Étude du vol des chauves-souris, 1505




Amporelles, 2014



La Pierre des Amporelles, Île d’Yeu




Le dehors se tient entre deux intérieurs, 2019




Chrysalide, 2019




Cerf-volant, 2019




Valer, 2021


La vie est faite de marbre et de boue.
Nathaniel Hawthorne[1]

Le marbre a créé Rome.
Il contient aussi la mémoire de l’homme.

Giuseppe Penone[2]

Il y a longtemps que je voulais écrire un texte sur le travail de Marine Class. J’ai même fait plusieurs tentatives, toutes passées à la corbeille car, en les relisant, je découvrais chaque fois que je recourais à des expressions et à des clichés ressassés par les critiques d’art quand ils font semblant de s’intéresser à la démarche d’une plasticienne, réduisant son œuvre à des stéréotypes sexistes et dépréciatifs : pas mal, mais quand même très féminin

     Progressivement, au fil des ans, en visitant de temps à autre son atelier de La Chapelle-Basse-Mer, au milieu des cultures maraîchères de mâche ou de poireaux, non loin de la Divatte, petit affluent de la Loire, frontière désormais symbolique entre les anciennes provinces d’Anjou et de Bretagne, j’ai progressivement identifié ce qui fait la profonde originalité de la démarche de cette artiste dont les œuvres brisent et transcendent les trop faciles et réductrices approches et classifications genrées qui polluent la critique d’art actuelle. Pour être franc, ce sont ses travaux présentés à macparis printemps 2025 et les photographies de son installation Ce que nous disent les Roches, 2023-2024, qui m’ont convaincu de franchir le pas et reprendre cette tâche trop longtemps différée.

     J’ai découvert le travail de Marine Class en 2008, dans son atelier du Pré-Saint-Gervais, suite à sa candidature pour une exposition à la Galerie du Haut-Pavé. À l’issue de ma visite, je communiquai un avis favorable à mes deux collègues du comité de programmation, avec, certes quelques réserves mineures, excusables par l’âge – vingt-cinq ans alors – de la candidate : « Son travail relit la nature et sa confrontation aux artefacts humains, dans des raccourcis ou des précipités qui peuvent être convaincants. Il y a, notamment, une grande maquette simplifiée, en résine, des anciens Moulins de Paris, à Pantin, posée sur un tapis en linoléum sérigraphié. L’autre pièce, la plus aboutie, est constituée d’une série de volumes en aluminium, tournés, et présentés sur un linoléum sérigraphié de motifs répétitifs, sous forme de diagramme de Rorschach, le tout monté sur une table haute. Chez elle, tout ce qui offre une lecture polysémique est excellent. Les pièces plus directes manquent peut-être d’un peu d’âme. »

     À l’époque, les décisions étaient prises à l’unanimité des membres du comité. L’un d’eux ayant opposé un veto catégorique à sa sélection, il faudra attendre 2016 et l’éviction du juré réticent pour qu’elle puisse enfin présenter son travail quai de Montebello. Pour regrettable que fut ce retard de huit ans, il ne fut pas complétement inutile puisque, les candidats retenus n’exposant qu’une seule fois au Haut-Pavé, ce délai permit à notre artiste de montrer des travaux pleinement aboutis, affranchis des petits défauts de jeunesse que j’avais relevés lors de ma première visite.

     Marine Class est une artiste éclectique dans les techniques qu’elle met en œuvre, fine observatrice de la Nature, dont elle bouscule les normes et remet en cause la façon dont on la perçoit habituellement. Ses productions recourent aux matériaux et techniques les plus variées – dessin, céramique, plâtre teinté, soie, osier, métal, caissons lumineux… –, présentées au mur, sur des tables ou en suspension dans les airs. On y décèle des emprunts à la botanique, à la cristallographie, à l’archéologie, à l’architecture… Dans tous les cas, chez elle, nonobstant une volonté et une originalité plastiques affirmées et cohérentes, une attitude de saine humilité est de rigueur, ouvrant grand les portes du rêve pour les regardeurs.

     Elle explore des territoires, proches ou lointains, dans lesquels elle prélève des échantillons de natures diverses. Elle se concentre notamment sur les traces, sur les vestiges d’une activité humaine, récente ou ancienne, et sur la façon dont elle a altéré son environnement. Dans sa relecture de ces éléments et dans leur transposition en œuvres plastiques, elle n’hésite pas à remettre en cause les échelles, mêlant allégrement macrocosme et microcosme, sans que le spectateur puisse discerner ce qui relève de l’intérieur des choses ou de leur extérieur. Elle voue un intérêt particulier pour les surfaces, lieux d’échange poreux entre des réalités habituellement irréconciliables, entre intimité et éloignement, entre constat objectif et narration poétique.

* * *

Une des caractéristiques les plus frappantes d’un grand nombre de productions en volume de Marine Class est le recours à des nervures anguleuses, à des arêtes vives délimitant des fragments imbriqués de surfaces planes. Le point de départ de cette omniprésence me semble être dans la pièce en métal argenté Reliefs de table, 2012, réalisée dans les ateliers Puiforcat, dans le cadre d’une résidence de la Fondation d’Entreprise Hermès, puis présentée, sur une nappe aux aspects jaspés, au Palais de Tokyo, l’année suivante, dans l’exposition Condensation. L’artiste s’exprimait alors sur sa démarche : « Le titre de l’objet est venu en premier, jouant sur la polysémie du mot relief : paysage / restes alimentaires / vestiges. Ma volonté était d’envisager cette pièce comme une nature morte où les objets domestiques traitent de la cérémonie du repas et sont mis en scène pour parler du temps. Après de nombreuses recherches, passant d’images en images, de références en lectures et filant l’idée du relief, l’analogie avec le mot récif s’est peu à peu infiltrée, dessinant alors la silhouette d’un broc échoué sur une mer de motif. Issue d’un croisement entre une cruche, un bateau, et un rocher, la sculpture est posée sur une nappe imprimée, placée sur une table. Cette nappe qui, elle aussi a connu divers états, ne cache pas ses similitudes avec les cartes marines. Le dialogue que jouent la pièce et son support est amplifié par les jeux de textures et de miroitement de l’argent, qui tour à tour révèle ou absorbe l’un ou l’autre. Cet ensemble décrit une odyssée fluviale suspendue et éternelle où la carafe se mue en navire et ne fait plus qu’un avec la nappe qui dessine un semblant de carte, un chemin de table[3]. »

     Ces rhomboïdes enchevêtrés évoquent les macles[4] d’une improbable cristallographie. Je ne peux pas m’empêcher de faire le rapprochement avec les peintures romantiques de Caspar-David Friedrich, notamment celle, célèbre, Der Wanderer über dem Nebelmeer, 1818, mettant en scène un spectateur – l’artiste ? – de dos contemplant des cimes géométrisées émergeant des nuages, réflexion sur soi-même ou métaphore d’un avenir inconnu, et, plus encore, cette Mer de glaceDas Eismeer, 1824 – mettant en scène une forme de cataclysme quasiment tellurique[5].

     On retrouve ces formes angulaires dans sa série des Cupules, 2015, qui fait référence à un terme que l’on retrouve en botanique, en anatomie, en géomorphologie, en archéologie, en embryologie, en architecture ou en fractographie… Dans tous les cas, il fait référence à un contenant et à un contenu, absent, à un plein et à un creux partageant la même origine physique mais différant dans leur aspect. Il en est de même de certaines structures en plâtre coloré de 2018, et du Relief affleurant, 2022, monumentale structure en béton dont l’intérieur, juste suggéré, est occulté, tourné vers la terre. Ce sont, cependant, ses récentes céramiques de 2024-2025 qui sont les plus emblématiques de cette démarche. Elles présentent une face supérieure avec des arêtes aiguës, mate, imprimée de motifs marbrés, et un avers de couleur uniforme, bosselé, tout en rondeurs et vernissé. Posées sur une glace, avec une petite cale, elles révèlent leur double personnalité, leur douce intériorité contrastant avec leur abrupt abord extérieur[6]. Dévoilement, manifestation d’une réalité cachée, véritable épiphanie, au sens originel de ce mot… Mais aussi, peut-être, dans celui que Jacques Maritain lui donnait : « L’action est une épiphanie de l’être[7]. »

     Deuxième caractéristique essentielle du travail de Marine Class, le recours aux marbrures. Dès 2016, dans son exposition à la Galerie Haut-Pavé, elle montrait de petites tablettes en plâtre, colorées dans la masse, bigarrées, comme jaspées, portant un menu objet en céramique, issu d’un improbable cabinet de curiosités. Chacune de ces étagères improvisées était associée à un dessin à la mine de plomb. Plus tard, en 2017, son intervention in situ, à Mayenne, Faire peau neuve, poursuivait dans cette même voie. Elle y faisait revivre un mur lépreux en le couvrant de lamelles de plâtre teinté dans de couleurs tendres, redonnant ainsi sens au célèbre propos de Léonard de Vinci au sujet des macules sur les parois délabrées : « Il est vrai que dans cette tache, on peut voir diverses inventions de ce que l’homme veut y chercher, c’est-à-dire des têtes d’hommes, divers animaux, des batailles, des rochers, des mers, des nuages et des bois, et d’autres choses similaires[8]… »

     Simultanément, dès 2015, Marine Class s’appropriait l’ancienne technique artisanale de production du papier marbré, utilisé notamment en reliure, dont les veinures imitent celles du marbre ou d’autres roches semi-précieuses. Elle consiste à réaliser un dessin par flottation de pigments dans une cuve, à la surface d’un liquide puis transférer – imprimer, en quelque sorte – le dessin flottant sur une feuille de papier… Notre artiste ne se limite pas au papier. Elle appose ses motifs marbrés sur toutes sortes d’autres supports : draps, céramiques, voiles de soie… parfois de très grandes dimensions. Cette eau, apparemment limpide, devient génératrice de formes insoupçonnables, se comportant comme une sorte de bouillon de culture d’où émergerait, par capillarité, une vie nouvelle… véritable écho au propos de Nathaniel Hawthorne cité en exergue au présent texte.

     En 2015, lors de sa résidence 2Angles, à Flers-de-l’Orne, Marine Class réalisait une grande installation en bois peint, papier marbré et Plexiglas imprimé qui, dans un style néo-classique, donnait raison à Giuseppe Penone tel qu’il s’exprime dans la citation en tête de cette contribution. Plus tard, en 2021, elle installait son atelier sur le toit du théâtre de Saumur et invitait le public à l’aider à imprimer, à la cuve, de grandes laizes de soie de 150 x 300 cm…

     Tout comme pour les pages de garde et les plats-papier des reliures traditionnelles, les surfaces marbrées produites par Marine Class semblent découpées dans un tissu potentiellement infini. Ce seraient des all-over dotés d’un pouvoir onirique qui en fait le miroir de nos propres songes. Leur spectre coloré, joyeux, acidulé, festif, les place cependant aux antipodes de l’austérité des volumes conservés dans des bibliothèques tout comme des couleurs souvent criardes des compositions des minimalistes étatsuniens qui se revendiquent de cette mouvance. Nous sommes, chez notre artiste, dans des registres de teintes souvent assourdies, pastellisées, jamais agressives, mais pourtant affirmées, libres de toutes contraintes, ce qui faisait écrire à Hélène Cheguillaume, en octobre 2016 : « […] sa palette ne semble admettre ni frontière, ni trajectoire prédéfinie, laissant chaque coloris prendre la place qui lui revient, en écho aux propriétés qui lui sont propres[9]. »

     Un troisième aspect important dans les œuvres de Marine Class réside dans leur potentiel génésique. Nous avons déjà vu comment les macles de ses œuvres en volume, notamment des céramiques de 2024-2025, font référence à un phénomène de croissance par agglutination de cellules mères cristallines, lequel n’aurait été interrompu que par une décision arbitraire de l’artiste. Il en est de même de ses marbrures dont le processus générateur n’est stoppé que par une volonté discrétionnaire de la dea ex machina qu’est la plasticienne.<§p>

     Ce sont, cependant, ses dessins sur papier qui illustrent le mieux son intérêt pour les développements organiques ou minéraux. Voire à la palingénésie[10]. À l’origine, peut-être, une fascination pour les lichens, ces structures proliférantes dont beaucoup de caractéristiques restent à analyser scientifiquement. Elle les découvre, les collecte et les dessine lors d’un séjour à l’Île d’Yeu, en janvier 2014. Elle écrit alors : « J’engage […] un travail de dessin à partir des lichens récoltés sur place. Ces dessins s’assemblent rapidement dans mon esprit pour composer un grand motif […] Le motif va créer la forme[11]. » De façon assez paradoxale, dans ces dessins, ledit motif n’occupe que peu de place sur la feuille. Il est minutieusement détaillé au milieu d’une immense plage blanche. Il faut noter la distinction que notre artiste fait, dans son propos, entre motif et forme. Au sens propre, une forme est un ensemble de traits caractéristiques qui permettent à une réalité concrète ou abstraite d’être reconnue. C’est, pour les aristotéliciens, la cause première et le principe d’unité d’un être. Pour les tenants de la Gestaltheorie, la forme est une entité dotée de propriétés résultant non de la somme de celles de ses constituants mais des relations existant entre ceux-ci. C’est probablement cette dernière acception qui prévaut dans la pensée de notre artiste et qui justifie l’immense espace laissé pour l’expansion de ses motifs interagissant.

     Plus récemment, dans des grands dessins au feutre noir sur papier, sans titre, de 2025, Marine Class développe, autour d’un ou deux noyaux lacunaires blancs, laissés en réserve sur la page, des juxtapositions d’un motif unique, sorte de cellule génératrice. Elles donnent naissance à un tissu vivant et mouvant dont la nature reste incertaine. Le geste est obsessionnel, non pleinement contrôlé, répondant à une sorte de nécessité intérieure qui fait dire à l’artiste : « Quand votre main dessine toute seule, la surprise est au rendez-vous[12]. » On peut penser au processus de développement invasif de lentilles sur un plan d’eau, à des cristaux de givre sur une vitre, aux ocelles d’un pelage, au plumage d’un oiseau rare, à des infusoires ou à des paramécies à la surface d’un bouillon de culture, à la multiplication de cellules cancéreuses, à la sporée d’un champignon démesuré… et à bien d’autres choses encore, y compris à la germination de graines géantes ou à la représentation graphique de fractales… Quelle que soit la lecture que le regardeur en fait, il perçoit clairement qu’un processus devenu inexorable, répondant à des règles génésiques immuables, dont il ne sait dire s’il est microscopique ou macroscopique, a été arrêté dans son élan reproductif, figeant un développement inéluctable dans un état définitivement intermédiaire…

     Enfin, dernier point d’importance dans la production de Marine Class, ses structures volantes. Elles s’inscrivent dans la descendance des travaux utopiques, mais prémonitoires, de Léonard de Vinci, notamment de ses projets de vis aérienne et de machines volantes[13] ou de son étude du vol des chauves-souris[14]. Elles partagent beaucoup de points communs avec les œuvres que j’ai déjà décrites. Elles sont, notamment, composées d’agencements de surfaces planes délimitées par des arêtes matérialisées par des membrures en osier ou en rotin. Beaucoup d’entre elles sont, par ailleurs, garnies de textiles préalablement marbrés à la cuve.

     Une des plus anciennes de ces œuvres est i>Amporelles, 2014, une grande manche à air en toile de spi marbrée et cousue, mise en forme par le seul souffle du vent, sans la moindre structure interne. Elle tient son nom d’un amas rocheux, La Pierre des Amporelles, de l’Île d’Yeu dont, selon les caprices météorologiques, elle peut affecter la forme. La pièce Le dehors se tient entre deux intérieurs, 2019, est de plus grandes dimensions, elle aussi sujette aux aléas éoliens. Elle se présente comme deux grandes antennes paraboliques ou deux corolles de parachutes, reliées, face-à-face, par des bandes de tissu à clairevoie. Ce dehors mouvant entre les deux intérieurs des structures convexes qui essaient, sans espoir de succès, de la borner n’est pas sans rappeler le contenu absent des Cupules de 2015.

     Toujours en 2019, Chrysalide, en osier, soie marbrée à la cuve et fil électrique gainé en raphia, appartient à la famille des œuvres organisées en macles que nous avons déjà longuement évoquées. Dans cette pièce, les arêtes en osier jouent un rôle similaire à celui des plombs et des barlotières dans un vitrail, surtout quand, se muant en lanterne, la structure est éclairée de l’intérieur. Le Cerf-volant, lui aussi de 2019, est réalisé dans les mêmes matériaux. Il a la grâce aérienne d’une gigantesque libellule – d’une demoiselle –, avec ses grands yeux saillants, dont le schéma général est directement emprunté à un des projets de machines volantes de Léonard de Vinci.

     Enfin, toujours dans le registre des sculptures volantes de Marine Class, on ne peut ignorer son installation Valer[15], réalisée pour la chapelle des Ursulines d’Ancenis, en 2021. Dans cette œuvre, elle utilisait des nasses de pêche en osier, de dimensions et formes diverses, suspendues à la voûte en berceau de l’édifice. On pouvait penser à une escadrille d’antiques aéronefs en vol piqué, à des poissons ou à des cétacés réduits à leur squelette, évoluant dans une eau immatérielle, ou encore à une relecture très personnelle de la Grande Galerie de l’Évolution du Muséum d’Histoire Naturelle… Quelle que soit la lecture qui en est faite, la porosité entre les notions d’intérieur et d’extérieur, de contenu et de contenant, est, ici comme ailleurs chez notre artiste, toujours prégnante… Un des fils d’Ariane dans le dédale de ses productions…

* * *

Les dimensions volontairement réduites de ce texte ne m’ont permis de décrire et commenter que quelques aspects, certes représentatifs et essentiels, du travail de Marine Class. Je n’ai pas, par exemple, abordé ses travaux à quatre mains avec Blandine Brière ou avec son compagnon Pierre-Alexandre Remy, ni sa participation au collectif des Fondeurs de roue et à son manège qui revisite la fête foraine et ses enchantements, pas plus que sa contribution à l’illustration de livres pour enfants ou son rôle d’enseignante. Dans toutes ces activités partagées, son apport est décisif et reste toujours identifiable, tout en s’intégrant de façon fluide à l’ensemble. Elle y fait preuve de cette saine humilité que j’ai déjà mentionnée, sans pour autant occulter sa riche personnalité ni ses indéniables talents…

     J’ose espérer que ces quelques lignes, qui soulignent l’intelligence et la sensibilité de notre artiste, sa douceur persuasive et son ouverture au monde, ont échappé aux stéréotypes trop souvent associés aux travaux des plasticiennes, qu’elles ont démontré que les œuvres de Marine Class ne peuvent en aucun cas entrer dans la catégorie aussi stupide que dépréciative des travaux de filles

Louis Doucet, juin 2025



[1] Life is made up of marble and mud, in The House of the Seven Gables, 1851.
[2] In Le Figaro, 4 février 2017.
[3] marineclass.ultra-book.com.
[4] En cristallographie, une macle est une association orientée de plusieurs cristaux identiques, dits individus, reliés par une opération de groupe ponctuel de symétrie. Elle résulte de la croissance simultanée de deux ou plusieurs cristaux suivant des relations définies entre les structures cristallines, de telle sorte que l’une ou plusieurs faces de l’un des individus sont parallèles à des faces non identiques de l’autre.
[5] Les blocs de glace qui composent cette œuvre font saillie vers le ciel, tout en présentant un aspect tranchant. Seule la minuscule poupe d’un navire en bois, pris dans cette mer de glace, est visible. Il s’agit du HMS Griper, l’un des deux navires menés par William Edward Parry en 1819-1820 dans une expédition dans l’Arctique à la recherche du passage du Nord-Ouest.
[6] D’aucuns gloseront sur une opposition masculin-féminin, mais je me refuse à être des leurs dans cette approche encore beaucoup trop réductrice.
[7] In Humanisme intégral, 1936.
[8] Egli è ben vero che in tale macchia si vedono varie invenzioni di ciò che l’uomo vuole cercare in quella, cioè teste d’uomini, diversi animali, battaglie, scogli, mari, nuvoli e boschi ed altre simili cose…, in Trattato della Pittura, ca 1490-1517, édition posthume en 1651.
[9] In notice de l’exposition Marine Class, Galerie du Haut-Pavé, du 9 novembre au 13 décembre 2016.
[10] Concept métaphysique désignant le retour à la vie des divers éléments de la nature, sous la forme d’un éternel retour.
[11] In portfolio de l’artiste, avril 2025.
[12] Ibidem.
[13] Tous deux in Manuscrit B de l’Institut de France, années 1487-1490.
[14] In Codice sul volo degli uccelli, 1505.
[15] Répondant à une de mes interrogations, Marine Class m’explique que valer, dans le langage des anciens mariniers, veut dire suivre l’eau, se confier au courant et, symboliquement, au destin. Cette expression est utilisée, notamment, par Maurice Genevoix dans Trente mille jours, autobiographie publiée à la veille de sa mort, en 1980. Il y évoque ses souvenirs d’enfance en bord de Loire, fleuve qui coule toujours dans ses œuvres et est si proche de l’atelier – d’ailleurs sis rue des Mariniers – de notre Marine, peut-être un peu marinière elle aussi… Mais ceci est une autre histoire…


Miklos
BOKOR
Léa
DUCOS
Eugène
LAMBOURDIÈRE


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